mercredi 26 février 2020

Les obstacles sur le chemin de la communication






L'une des raisons principales aux difficultés d'avoir une conversation saine tient souvent à ce que nous tous, sans même le réaliser, nous créons des obstacles à la communication dans nos échanges. 
Ces obstacles sont souvent des réponses du registre émotionnel et leur impact est le plus souvent négatif, d'une façon ou d'une autre. 
Et ils se montreront vraisemblablement d'autant plus destructifs qu'au moins l'une des personnes impliquées dans cette interaction ressens un moment de stress. Ainsi, lorsque que nos cerveaux sont sous pression, il nous devient plus difficile de faire la différence entre notre propre état émotionnel et l'état émotionnel de ceux qui nous entourent. Ce qui propage et attise ce stress par retour...

Nous nous rendons tous coupables des maladresses suivantes :

Jugements & Présuppositions
Critique : évaluer négativement les actions ou attitudes de quelqu'un d'autre - "Tu t'es mis dedans toi-même ; tu ne peux en vouloir à personne de la situation dans laquelle tu te trouves."

Étiqueter : coller un stéréotype rapide & facile sur quelqu'un - "tu n'es qu'un idiot !" ; "c'est typique d'une femme..." ; "vous les vendeurs vous êtes tous les mêmes!"

Diagnostiquer (voici un des miens, ndla) : jouer au psy amateur et présumer que vous connaissez la vérité sur la raison pour laquelle une personne se comporte de telle ou telle manière - "je peux lire en toi comme dans un livre ouvert" ; "tes motifs profonds me dégoûtent !" ; "simplement parce que tu es coach, tu penses que tu vaux mieux que moi !"

Dire des louanges : donner un jugement favorable des actions de quelqu'un d'autre, de ses comportements ou attitudes - "tu es quelqu'un de tellement bien. Je suis sûr que tu m'aideras avec les tâches ménagères" - c'est l'une des méthodes chéries des parents afin de manipuler leurs enfants ; c'est aussi courant en entreprise et un collègue et manager qui commencera sa phrase par "toi qui maîtrises telle fonctionnalité, est-ce que tu ne pourrais pas..?" * manipulation*


Solutions toutes faites
(ce qui bien souvent accroît le problème ou en crée de nouveaux, sans même avoir résolu l'objet de départ)

Ordonner : donner un ordre à quelqu'un de faire ce que vous avez décidé, de manière vraiment autoritaire - "va faire tes devoirs, maintenant... Pourquoi ? Parce que JE l'ai dit !"

Menacer : chercher à contrôler les actions d'autrui en l'avertissant des sanctions / punitions à suivre s'il / elle ne fait pas ce qui est demandé - "tu vas faire ce que je te dis, sinon..." ; "arrête de faire ça, ou bien je te confisque ton doudou" ; "si ça se reproduit encore, je confierai le projet à un autre de vos collègues"

Faire la morale : dire à l'autre ce qu'il ou elle devrait faire (dans un groupe religieux ?) - "tu ne devrais pas divorcer, Dieu sera en colère contre toi !" ; "tu devrais commencer par présenter tes excuses à toutes ces personnes que tu as rembarrées ces deux dernières semaines."

Questionnement excessif / inapproprié : les questions fermées sont des obstacles communs qui bloquent une conversation saine. Les questions fermées sont celles auxquelles on peut généralement répondre en quelques mots et le plus souvent par OUI / NON - "es-tu désolé pour ce que tu as fait ?" ; "quand est-ce arrivé ?"

Conseiller : donner à un autre votre vision des solutions adéquates aux problèmes de sa vie, souvent de manière non sollicitée - "si j'étais toi, je lui dirais d'aller se faire voir..." ; "c'est facile de régler ça. Tu commences par faire ça... et ensuite tu n'a plus qu'à..."


Évitement des préoccupations des autres 
( et changer totalement de conversation )

Faire diversion : écarter les problèmes évoqués à l'aide d'une distraction - "pense pas à ça et parlons plutôt d'un truc positif" ; "tu crois que tu es dans une situation difficile ? Laisse moi plutôt te dire ce qui m'est arrivé la semaine dernière et crois moi, c'était bien pire que ce qui t'arrive !"

Argumenter par la logique : essayer de convaincre autrui qu'il a "tort" alors que nous avons "raison", en faisant appel à des éléments basés sur des faits ou de la logique. Un argument logique ne laisse que peu ( ou pas ) de place aux facteurs émotionnels impliqués dans les dilemmes que nous rencontrons tous - "il n'y a rien de plus vrai que ce que j'ai lu dans mes livres" ; "réfléchis un peu..."

Rassurer : tenter d'empêcher quelqu'un de ressentir des émotions négatives en leur suggérant que "tout ira bien" ; "ne t'inquiète pas, après la pluie vient le beau temps" ; "tout est bien qui finit bien, ça va bien se passer pour toi" ; "je crois bien que la routourne tournera..."


Obstacles communs additionnels
Dire aux autres qu'ils créent des obstacles à une bonne communication est un OBSTACLE MAJEUR à une bonne communication ! J'ai remarqué que quand quelqu'un découvre ces obstacles et appréhende leur effet, il a souvent une réaction du genre "C'est exactement ce que ma femme (ou mon petit-ami, ma mère...) a fait tout ce temps ! Quand je vais lui expliquer tous les obstacles qu'il / elle a créé entre nous..."
En procédant ainsi, le risque très tangible est de les faire sentir être jugés et de leur coller une étiquette. Or, est-ce votre objectif ?

Si nous souhaitons améliorer notre niveau de communication, la qualité de nos échanges, pointer du doigt et juger les autres ne peut pas être la bonne manière pour commencer.


Pour résumer


Certaines manières de formuler nos idées, nos pensées, nos émotions, ou de réagir lors d'une conversation portent en elles le risque de saper la confiance dans une relation, voire allumer des sentiments d'inadaptation, colère ou dépendance chez une autre personne.

Ces obstacles communs peuvent affaiblir l'image d'eux-même de certaines personnes, voire saper leur détermination à s'améliorer de quelque manière que ce soit. C'est pourquoi, en apprenant à écouter, reformuler, respecter, identifier les obstacles à une communication saine que vous pourriez vous-même créer, vous en créerez d'autant moins et la qualité profonde de vos échanges augmentera. Et ainsi la qualité des résultats de ces échanges augmentera de concert.

Vous vous épargnerez notamment l'une des présuppositions les plus répandues, celle qui veut que les autres voient le monde de la même manière que vous et que tout le monde communique de façon identique. Ce qui est si peu le cas !

Nous avons tous une compréhension personnelle -  par définition unique - et autant d'attentes quant à la manière dont nous-même et ceux autour de nous devraient se comporter et communiquer. Quand nous développons une compréhension claire de la manière d'interagir qui soit mieux acceptée par autrui, nous finissons par développer et renforcer nos relations, nos connexions et entrons dans un monde de communication plus forte et plus saine.


Pour aller plus loin

Avoir une bonne connaissance / conscience de soi nous permet de communiquer plus sainement. Parmi les obstacles listés ci-dessus, lesquels pourriez-vous avoir déjà utilisé régulièrement ? et dans les dernières 24 heures ?

De quelle manière pourriez-vous modifier et faire évoluer votre communication, afin de l'élever pour créer au final de meilleurs résultats dans vos échanges ?

Comment pourriez-vous appliquer ce que vous avez lu ci-dessus pour changer vos outils de communication ? et concrètement, quel serait votre première action ?


Merci et à bientôt dans une prochaine lecture !
Hervé.



dimanche 2 février 2020

Les métaphores dans votre langage de tous les jours.



Dans cet article et en réfléchissant à vos propres métaphores, personnelles, nous allons regarder comment mieux vous comprendre et mieux comprendre le monde autour de vous, de manière parfois fascinante.


Les concepts qui pilotent nos systèmes de pensées ne sont pas que d'ordre intellectuel. Ils interviennent directement dans notre fonctionnement quotidien, jusque dans les moindres détails. Nos concepts structurent ce que nous percevons, comment nous évoluons dans notre environnement et comment nous interagissons avec les autres.

Notre système de concepts joue un rôle majeur dans la définition de nos réalités quotidiennes. Si l'hypothèse de départ est juste, à savoir que nos concepts sont largement métaphoriques, alors la manière dont nous pensons, ce que nous expérimentons, ce que nous entreprenons ou faisons tous les jours, tout ceci peut se ramener aux métaphores.

Les métaphores sont nécessaires : nous ne pouvons communiquer sans elles. Pas plus que nous ne pouvons penser sans métaphore. Et nous ne serions jamais devenus adultes sans métaphores : notre langage en est plein. Des études menées sur la conversation quotidienne établissent que nous pouvons utiliser jusque 4 métaphores par minute.
Et si c'est surprenant, c'est uniquement parce que nous le faisons inconsciemment. Elles sont tellement essentielles à notre mode de communication et de pensée que bien souvent, nous ne remarquons que celles qui sortent vraiment du lot.

Des exemples ? Volontiers :

  1. "Je me heurte sans cesse à un plafond de verre..."
  2. "J'ai l'impression de porter toute la misère du monde sur mes épaules."
  3. "Je bous à l'intérieur ; j'ai l'impression que je vais exploser !"
  4. "Je peux enfin voir la lumière au bout du tunnel."
Est-ce que ce ne sont pas des métaphores ? Vous reconnaissez-vous dans l'une d'entre elles ? Et vous savez qu'en réalité il n'y a ni plafond de verre, ni ébullition de votre organisme qui pourrait l'amener à exploser.

Nous avons développé un réflexe qui enregistre le côté figuré de ces expressions et les accepte comme le symbole d'une expérience et pas comme l'expérience elle-même. Nous savons que ces mots, ces images qui existent pour d'autres phénomènes, bien concrets eux, servent d'illustration à des ressentis : une limite dans les progrès, une responsabilité excessive, une situation de stress insupportable, la fin d'une période difficile...
Nous avons aussi de beaux moments d'étonnement, quand une personne dans notre entourage emploi une métaphore que nous ignorions encore : nous sourions, cherchons à valider la bonne compréhension de ce qu'il ou elle veut exprimer. Et nous pouvons la faire notre pour une situation future et la réutiliser.

Les métaphores font appel à la fois à des images et à des sensations liées à ce qui est décrit. Elles dépeignent ainsi avec puissance tantôt une simple idée, tantôt l'expérience d'une vie. Et nous les acceptons pour ce qu'elles sont : une description précise de la perception du narrateur.
Si nous abordons nos problèmes, nos émotions, nos relations ou les choses qui ont vraiment de l'importance à nos yeux, nous sommes encore plus sujets à "métaphorer" pour décrire ce qui serait tellement complexe avec des phrases autour de mot logiques.
Prenez la douleur : qu'il est difficile de la décrire, tellement elle est personnelle. Alors, les personnels de santé nous demandent de la transcrire en métaphore "de 0 à 10" ou sur une échelle de couleur. Et tout le monde y gagne d'ailleurs du temps.


Bref, qu'est-ce qu'une métaphore ?


Dans Les métaphores de la vie quotidienne (Lakoff - Johnson ), vous lirez que "la nature de la métaphore est de comprendre et expérimenter" ce qui concerne un autre individu (traduction par l'auteur de l'article).
Cette définition établit que la métaphore revient à saisir la nature profonde de l'expérience vécue. La compréhension qui en découle est au cœur même de la compréhension des autres.

Ainsi, quand un client me décrivit sa situation comme suit : "Je me sens comme un poisson rouge qui tourne en rond dans le même bocal tous les jours", il souligna avec force son absence de progrès dans son activité professionnelle, sa stagnation.

Une métaphore peut d'ailleurs être exprimée autrement, non-verbalement, au travers de la gestuelle, de l'onomatopée, ou les deux combinées pour placer plus d'emphase encore.

Globalement, une métaphore se compose de plusieurs composants entrelacés, que nous pouvons étiqueter comme des symboles. La métaphore est un tout et le symbole en est une partie.
Par exemple, "J'ai l'impression d'être dos au mur" se réfère à trois symboles : Je, mon dos, le mur. Nous pourrions même en considérer un quatrième, puisque "dos au mur", nous faisons face à une situation ou un individu précis, implicite dans la métaphore.
Dans L'homme et ses symboles, Carl Jung écrit qu'il y a toujours bien plus dans un symbole que ce qui saute aux yeux. 

"Ce que nous appelons symbole est un terme, un nom ou même une image avec lequel nous sommes familiers dans notre vie quotidienne, et pourtant il renferme une connotation spécifique en sus de sa signification conventionnelle la plus évidente. Elle implique quelque chose de vague, inconnu ou qui nous est caché." (traduction par l'auteur de l'article).

Individuellement, nos liens avec nos symboles sont fondamentaux. Des symboles comme des drapeaux nationaux, ou des images religieuses partagent certes un sens culturel répandu ; pourtant ce sont les connexions que nous avons développé avec ce qu'elles représentent qui leur donne cette importance si particulière.
Parallèlement, quand nous employons une métaphore parlée courante et si nous y prêtons pleine attention, nous pouvons admettre que nous leur ajoutons une signification ou un contexte qui nous sont très personnels la plupart du temps. Et nous devrions parfois à ce titre valider que cette métaphore ait bien la même signification chez l'autre. Un imbroglio n'arrive-t-il pas quand deux personnes ont supposé qu'elles comprenaient la même chose, des mêmes mots ?

Notre symbolisme nous relie à notre histoire personnelle, notre identité profonde, et parfois à des aspects inconnus ou inavoués de nos vies ( y compris de manière inconsciente ). Et plus nous explorons ce symbolisme, plus ces significations remontent, plus nous pouvons nous appuyer dessus pour nous découvrir et prendre conscience de nous-même.

* spoiler : un sens caché mystique ne remontera pas systématiquement à chacune de vos métaphores ni à celles de vos collègues - vous pouvez continuer de bavarder tranquillement autour de la machine à café *





Utiliser les Métaphores


Une fois que vous commencez à identifier les métaphores que votre entourage et vous utilisez, il est probable que vous commenciez à les relever un peu partout. En fait, il est assez courant de sortir une phrase de la vie quotidienne qui contienne une métaphore, évidente ou cachée.

L'omniprésence des métaphores dans notre phrasé n'est cependant que la part visible du sujet. Nous pensons, raisonnons, prenons nos décisions et agissons sur la base de ces métaphores, justement. On pourrait donc considérer qu'elles déterminent comment nous vivons et quel type de vie nous vivons.
Si l'on se penche sur nos métaphores comme des descriptions littérales de notre inconscient, elles nous offrent un portail vers une conscience plus élevée, une meilleure compréhension de nous-même et donc des axes de changement.

Prenons la colère, par exemple : quel type de colère vivez-vous ? Est-ce que vous bouillez intérieurement et avez le couvercle prêt à exploser ? Avez-vous un tempérament féroce et devez-vous combattre votre colère intérieure ? Avez-vous l'habitude d'alléger votre fardeau en partageant cette colère et en discutant avec quelqu'un, pour ôter un poids de votre poitrine ? Tout à fait autre chose ?
Vous suivez depuis le début de l'article ? Alors les prochaines lignes devraient résonner avec ce que vous avez pensé des trois illustrations ci-dessus.
Dans le premier cas, la colère est symbolisée par un liquide ; votre réponse spontanée pourrait être de refroidir les choses ou de relâcher la vapeur. Dans le deuxième exemple, la colère est un adversaire, éventuellement animal ; vous pourriez donc la battre et la défaire, ou la dompter... Dans la troisième situation, la colère est palpable et vous pèse ; vous éviterez sans doute de vous y accrocher trop longtemps ou arrêterez d'empiler davantage d'émotions.
Invariablement, vos actions seront des miroirs aux métaphores que vous aurez utilisé.

Plus largement, non contents d'utiliser nos métaphores pour donner du sens à nos émotions, nous essayons aussi de faire rentrer les sentiments et comportements des personnes qui nous entourent dans notre manière de concevoir le monde. Ce que nous croyons qu'ils devraient faire et les conseils que nous allons leur imposer seront largement rapprochables de nos métaphores, si personnelles...

Et comme vous pouvez l'imaginer, lorsque deux personnes qui échangent ont deux univers métaphoriques trop divergents, vous avez les bases de l'incompréhension, voire du conflit. Parce qu'ils diffèrent dans leurs manières d'exprimer leurs émotions et leurs visions du monde, ils ont toutes les chances de ne pas s'entendre.
En prenant de la hauteur (vous aurez repéré la métaphore) c'est exactement ce que la PNL invite à identifier partiellement via les canaux de représentation de vos interlocuteurs, ou les votres (Visuel - Auditif - Kinesthésique - Olfactif - Gustatif).


Pour conclure...


Les métaphores vous offrent un éclairage et pourtant elles offrent aussi une manière de ne pas voir. Elles peuvent libérer ou limiter. Donner une capacité ou la retirer. Elles peuvent être un outil de créativité ou une clef de libération d'une prison mentale construite par quelqu'un.
Nos métaphores & symboles nous aident à construire un sens pour le monde qui nous entoure. Elles donnent une "forme" à ces aspects de notre vie qui distordent le plus nos problèmes ou les solutions à portée, notre richesse ou notre pauvreté et notre capacité à aimer ou être aimé.
Quand ces aspects prennent leur forme symbolique, alors nous pouvons les explorer, les modifier. Nous pouvons même parfois les transformer.

Si nous savons les écouter, nos métaphores nous donnent du pouvoir.

Hervé.